Zone environnementale – un concept pour une mobilité plus légère

Une zone environnementale (Low Emission Zone – LEZ) se définit par « L’interdiction d’accès à une ville ou partie de ville pour les véhicules qui ne répondent pas à certaines normes d’émissions ou d’équipement »[1]. La première de ces zones a été mise en place en Suède en 1996. L’objectif est toujours le même : diminuer l’impact local lié aux pollutions atmosphériques (particules fines et NO2 essentiellement) causées par la circulation automobile, en visant à terme un renouvellement des véhicules.

Loin d’être un concept utopiste, ces zones ont déjà convaincu nombre de localités et régions en Europe : de Londres à Milan, en passant par des régions entières comme la Ruhr (800km2) ou des petites villes comme Mühlacker en Allemagne, comptant seulement 26’000 habitants[2].

Une fois encore, la Suisse fait figure d’île au milieu de cette carte. Certes, notre pays compte moins de véhicules diesel que ses voisins (30% versus 44%[3]), et ses propres prescriptions en matière de qualité de l’air sont plus stricte que dans l’UE. Pourtant, le coût humain lié à la pollution de l’air (dont la moitié est due aux transports) s’élève à près de 5000 décès prématurés et 20’000 journées d’hospitalisations par an en Suisse. L’impact économique avoisine quant à lui les 5.5 milliards/an de CHF de coûts externes[4] (pollution, accidents, bruit) causés par la voiture individuelle.

Des villes et régions helvétiques urbanisées à la géographie ou topographie désavantageuse (vallées, cuvettes) subissent fréquemment des vagues de pollution aux particules fines, NO2 et ozone. C’est le cas notamment du Tessin et de Genève. Ce n’est pas un hasard si ces deux cantons sont à l’origine d’une impulsion donnée en 2010 à la Confédération pour lancer une procédure d’audition à propos des bases légales nécessaires à l’instauration de zones environnementales en Suisse. En 2011, les autorités fédérales ont cependant abandonné l’idée d’émettre des prescriptions, sous la pression d’une motion de l’UDC, et selon l’argument qu’il y avait une trop grande « […] disproportion entre le travail qu’induiraient les zones environnementales et leurs faibles effets [5]».

Pourtant, les zones environnementales instaurées en Europe ont démontré des résultats positifs[6]. Des réductions de PM10 et N02 jusqu’à 12% ont été observées, et jusqu’à 15% pour les PM2,5 qui sont, rappelons-le, les plus nocives car pénétrant dans la circulation sanguine via les alvéoles pulmonaires. Les suies (Black Carbon) ont quant à elles chuté de 52%.

La Suisse semble détenir un potentiel d’amélioration certain, puisqu’elle ne se place qu’à la 22e place du classement de l’OCDE sur les pays avec le plus faible taux de particules fines (PM) dans l’air, derrière les USA, la Grande-Bretagne, La France, le Japon ou encore l’Allemagne. Ces pays sont pourtant réputés pour une activité industrielle et économique forte.

D’ailleurs, le projet est revenu sur la table à Genève en 2017 où une motion intitulée « Pour la création de zones à faibles émissions polluantes dans le canton de Genève » est déposée par un groupe de députés. Idem dans le canton de Vaud, où les Verts ont déposé en 2015 un postulat pour que la Municipalité de Lausanne «[…] étudie, dans le cadre de la collaboration avec les autres communes de l’agglomération et dans le sens de la politique régionale défendue par Lausanne, l’impact qu’aurait l’introduction d’une zone à faibles émissions polluantes »[7].

Dans la capitale vaudoise, une amélioration de la qualité de l’air a été observée depuis le début des années 2000. Néanmoins, les valeurs limites de PM et de NO2 sont encore régulièrement dépassées, notamment au centre-ville, et lors d’épisodes météorologiques défavorables.


Valeurs moyennes NO2 pour l’années 2015 à Lausanne. On remarque un dépassement des valeurs limites dans le centre-ville.
Source : DGE-ARC

La pétition contre les véhicules surdimensionnés demande aujourd’hui que des mesures s’apparentant à la création d’une zone environnementale soient prises à Lausanne. La restriction ne se baserait pas cette-fois ci sur les classes d’émissions EURO, mais sur le type de véhicules (à traction intégrale) et le poids au sein de cette catégorie (supérieur à 1500kg).

Cette mesure est moins discriminatoire que celles basées sur les normes EURO : les détenteurs des véhicules visés appartiennent à des classes aisées, contrairement à la plupart des propriétaires des anciens modèles diesel impactés par les LEZ en Europe ces dernières année.

Le poids excessif et injustifié des voitures individuelles à traction intégrale (SUV, gros 4×4), dans une ville pentue comme Lausanne, est un frein à l’amélioration de la qualité de l’air. Ces véhicules n’ont pas leur place dans un concept de mobilité urbaine moderne. C’est pourquoi nous invitons les autorités cantonales vaudoises et celles de la ville de Lausanne à faire preuve d’audace et d’innovation, en créant la première zone environnementale permanente de Suisse.


[1] ADEME, 2018 https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/zones-faibles-emissions-lez-europe-ademe-2017-rapport.pdf

[2] http://www.verts-vd.ch/lausanne/files/2015/12/SophieMichaud-Postulat-qualite_de_lair.pdf

[3] Chiffres 2017 https://fr.statista.com/statistiques/480652/parts-de-voiture-diesel-dans-des-pays-europeens/

[4] https://www.rts.ch/info/suisse/5971400-couts-environnementaux-et-sanitaires-des-transports-estimes-a-9-4-milliards-.html

[5] https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-37161.html

[6] Synthèse des résultats. ADEME, 2018, page 5.

[7] http://www.verts-vd.ch/lausanne/files/2015/12/SophieMichaud-Postulat-qualite_de_lair.pdf

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