Les suisses préfèrent les grosses

Les suisses possèdent de plus en plus de véhicules à traction intégrale. Ainsi, en 2018, cette catégorie représentait près de 50% des nouveaux véhicules immatriculés. La proportion de SUV dans le parc automobile est passé de 15 à 23%[1] entre 2010 et 2015 et cette tendance semble se poursuivre. Comment expliquer ce phénomène ?

Les hivers seraient-ils plus rudes qu’auparavant ? Les trottoirs plus hauts ? les familles plus nombreuses ? Les routes moins bien entretenues ? En réalité, le besoin objectif de posséder un véhicule massif à traction intégrale est aujourd’hui encore plus faible que dans le passé! Rappelons que la couverture neigeuse a tendance à diminuer dans la plupart des régions de Suisse, comme le montre la carte ci-dessous, et que le nombre moyen d’enfants par famille n’est que de 1.8[2] dans notre pays. Croire que la traction intégrale est une condition nécessaire pour circuler en hiver revient à ignorer que dans le passé, les helvètes ont affronté les congères de manière efficace avec des véhicules deux fois moins lourds et équipés qu’aujourd’hui.

RTS Info. 13.09.2018

En réalité, le parc automobile suisse est simplement le reflet d’un pouvoir d’achat élevé et d’un accès aux crédits et leasings facilité, le tout arrosé d’un marketing publicitaire automobile promettant l’Aventure hors des sentiers battus aux heureux propriétaires de SUV, pourtant coupés de tout lien avec une nature qu’ils ne font qu’endommager. Les gros véhicules, hormis pour usage professionnel ou en région de montagne, ne répondent à nul besoin sauf celui d’exhiber une certaine réussite financière. D’ailleurs, lors de la crise économique de 2008, le parc automobile suisse a brusquement perdu du ventre, et il est peu probable que les gens soient restés plus souvent bloqués dans la neige durant cette période, ni qu’ils n’aient changé leurs habitudes de vie en raison de limitations au déplacement.

Office fédéral de l’Energie (2016) Effets des prescriptions relatives aux émissions de CO2 pour les voitures de tourisme entre 2012 et 2015. p.25

Ce discours de mauvaise foi trouve pourtant écho jusque chez le président du lobby des importateurs automobiles, Auto-Suisse, qui semblait navré de déclarer en 2016, que «la demande de voitures tout-terrain (4×4), véhicules plus lourds qui consomment davantage de carburant, est particulièrement élevée en Suisse[3]» et ce, selon lui par la présence des Alpes… Le développement démographique du Plateau au détriment des régions de montage vient évidemment contredire cette théorie.

On peut donc le dire : les suisses préfèrent les grosses ! Et il en faut sous le capot : de 2005 à 2017, la proportion de moteurs de plus de 270 chevaux a grimpé de 3 à 11%[4] ! Et cela n’est pas sans conséquence sur les émissions de CO2. Comme le montre le tableau ci-dessous, les marques qui ont la cote – notamment les allemandes AUDI et Mercedes – ont un poids moyen d’environ 20% supérieur à des marques françaises, et émettent en moyenne 20% de CO2 en plus. Les adeptes de la sur-motorisation rétorqueront que les améliorations technologiques ont diminué les émissions moyennes des véhicules ces dernières années. Certes, mais d’un point de vue relatif, les véhicules lourds de type SUV et 4×4 nécessitent toujours d’avantage d’énergie que leurs contemporaines de taille plus modeste, et leurs émissions sont plus importantes.


Office fédéral de l’Energie (2016) Effets des prescriptions relatives aux émissions de CO2 pour les voitures de tourisme entre 2012 et 2015. p.31.

Rappelons que depuis 2012, les prescriptions sur les émissions des nouveaux véhicules de tourisme fixent la limite à 130 g/CO2/km de moyenne, et qu’elle sera abaissée à 95g dès 2020. Malgré les « groupements », et autres tentatives astucieuses des constructeurs pour faire chuter leur moyenne d’émissions, on remarque que ces objectifs sont inatteignables. Il semble donc nécessaire de prendre des mesures politiques rapides et drastiques, bien qu’impopulaires, pour dissuader l’achat de ces engins par ceux qui n’en ont pas utilité.


[1] OFEN (2016) Effets des prescriptions relatives aux émissions de CO2 pour les voitures de tourisme entre 2012 et 2015 p.26.

[2] OFS, 2017

[3] François Launaz, directeur d’Auto-Suisse, dans le journal Le Temps, 19 février 2016.

[4] https://www.lenouvelliste.ch/articles/suisse/automobile-les-suisses-achetent-des-voitures-toujours-plus-puissantes-820213


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