Les 4×4 non-gratae dans les villes?

« Les véhicules tout-terrain sont de plus en plus nombreux dans les villes romandes. Une pétition veut les bannir du centre de Lausanne. Le TCS et l’ATE en débattent. »

Article paru dans LE COURRIER le 14 mai 2019. Auteure: GABRIELA CABRE
Crédit illustration: Le Courrier, JEAN-PATRICK DI SILVESTRO

« A Lausanne, une pétition a été lancée à la mi-février pour bannir du centre-ville les véhicules individuels dits «surdimensionnés», dont le poids s’élève à plus de 1,5 tonne. Pour Sylvain Croset, son instigateur, qui s’est lancé seul, rouler en 4×4 au centre-ville est un non-sens en termes écologique et d’occupation de l’espace public. Il espère récolter au moins 1000 signatures avant de déposer son texte auprès du Grand Conseil vaudois et du Conseil communal de la Ville de Lausanne, en septembre. Les véhicules de type SUV sont-ils encore les bienvenus dans les centres urbains?

Les 4×4 favoris en Suisse

Ils ont la cote en Suisse. En 2018, 21 500 s’y sont vendus, selon la RTS, ce qui représente une part important du marché automobile helvétique. Ces chiffres inquiètent Sylvain Croset. Il considère que l’engouement autour des 4×4 est avant tout un phénomène de mode. Selon lui, la multiplication de véhicules tout-terrain s’est faite au détriment des autres usagers de la route. A Genève, cette question est «le nerf de la guerre», selon Alice Genoud, secrétaire générale de l’ATE Genève (Association transports et environnement). «Dans un centre-ville engorgé, les infrastructures ne sont pas adaptées pour accueillir ce genre de véhicules en masse», estime-t-elle.

Pareil constat avait été fait en 2017 par l’Association pour la recherche et la normalisation en matière de route et transport qui recommandait… d’augmenter les dimensions des places de parking. Henri-Pierre Galetti, directeur du TCS Genève (Touring Club Suisse), estime que le succès des SUV s’explique par un besoin d’avoir suffisamment de place pour les passagers et leur équipement, tout en privilégiant un sentiment de sécurité plus élevé. «Interdire des véhicules soi-disant ‘surdimensionnés’ serait une discrimination évidente et inacceptable.» Il estime que la pétition est «déconnectée de la réalité», puisqu’elle condamnerait l’accès au centre-ville à une part importante du parc automobile suisse, la taille des véhicules ayant considérablement augmenté ces dernières années.

TCS et ATE se rejoignent sur un point: les SUV ne sont pas toujours les voitures les plus polluantes et sont parfois moins gourmandes en essence que d’anciens modèles. Ils soutiennent la taxation des véhicules polluants, déjà mise en place dans les cantons de Genève et de Vaud.

Impasse légale?

La concrétisation de la pétition lausannoise nécessiterait de modifier la loi fédérale sur la circulation. «Même si les communes sont partantes, il y aurait un blocage légal», explique Valérie Schwaar, secrétaire générale de l’ATE Vaud. En 2011, le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication avait déjà invalidé une mesure similaire visant la création de secteurs réservés aux véhicules ne dépassant pas un certain seuil de pollution: les zones environnementales. Le sujet a été remis sur la table du Conseil national en 2017 par l’élue socialiste Evi Alleman, puis en 2018 pas l’élu vert Bastien Girod. Le Conseil fédéral a refusé d’entrer en matière. L’investissement financier et logistique serait trop important par rapport aux «effets limités» d’une telle mesure en Suisse, relaie le porte-parole du département, Guido Bielmann.

Impasse légale pour la pétition lausannoise? «C’est une question d’interprétation de la loi qui semble actuellement inadaptée. Il est donc nécessaire de relancer le débat sur les dimensions de la mobilité individuelle, et plus globalement sur la place de la voiture en ville», affirme Sylvain Croset. »

Par Gabriela Cabré, journaliste à Le Courrier.

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